Le chef de cabinet du ministère de l’Agriculture a procédé, à la réception définitive des travaux réalisés dans le cadre du projet Saritim dans la plaine de Manchon. Une étape charnière qui consacre plusieurs années d’aménagements hydroagricoles, mais qui remet aussi sur la table une revendication récurrente des exploitants locaux : l’accès à des équipements mécanisés.
« Participer à la réception définitive de ce projet est une grande fierté. Nous souhaitons que cette dynamique se poursuive et que les bénéfices perdurent pour les populations », a déclaré Nima Bah, chef de cabinet du ministère de l’Agriculture.
Interrogé sur les défis à venir, il a pointé le manque de moyens mécaniques pour le labour comme principal frein à l’essor agricole de la zone. « La nouvelle équipe a besoin de moyens conséquents pour faciliter les tâches. Les gens attendent beaucoup de nous, et nous attendons aussi beaucoup de l’État pour véritablement répondre aux attentes », a-t-il ajouté.

Conçu pour endiguer l’intrusion des eaux salées et restaurer des conditions culturales viables, le projet Saritim a doté la plaine de Monchon de treize ouvrages de maîtrise de l’eau. Parmi eux, douze kilomètres de digues érigées pour contenir la remontée des eaux marines et préserver les terres cultivables. Le dispositif s’accompagne d’un curage des drains, destiné à améliorer l’écoulement des eaux stagnantes, et de 562 mètres linéaires mécanisés pour une gestion plus fine de l’hydraulique agricole. Ces infrastructures répondent à une problématique bien connue des zones rizicoles côtières guinéennes : la salinisation progressive des sols, qui menace chaque année un peu plus les rendements des agriculteurs.



Selon Elh. Saikou Yaya Baldé, coordinateur du projet Saritim, l’initiative, financée par l’AFD et le ministère de l’Agriculture, a permis d’aménager cinq périmètres agricoles (Mira, S’abi, Kus) et de faire passer les rendements de 700-800 kg à 3 tonnes par hectare. Il a évoqué des difficultés initiales liées à la méconnaissance de la mangrove, surmontées grâce à la formation et à l’appui des populations. Aujourd’hui, a-t-il souligné, les infrastructures sont remises aux autorités locales, des écoles sortent de terre et les départs ont diminué, stabilisant la population. L’objectif est désormais de pérenniser ces acquis pour assurer l’autosuffisance alimentaire. Il a remercié les autorités, l’AFD et le ministère pour ce succès.


D’un montant contractuel de 4,6 milliards de francs guinéens, le projet a porté sur près de 12 km de dérasement, intégralement réalisés, ainsi que sur le curage des drains pour améliorer l’écoulement de l’eau, complétés par 570 mètres linéaires de digues mécanisées avec mise en lumière. Camara Ibrahim, directeur général de l’entreprise IBC Engineering BTP, a détaillé le déploiement des travaux sur plusieurs sites : à Kisassi, 115 hectares ont été aménagés avec drains de collecte, drains de drainage et ouvrages de maîtrise de l’eau salée ; à Misra, 100 hectares ont été équipés de digues de ceinture, de trois ouvrages hydrauliques et de drains d’écoulement ; à Dabondi, trois ouvrages existants ont été réhabilités, trois nouveaux ouvrages construits, 10 km de digues de ceinture et 570 ml de digue mécanisée réalisés, ainsi que des drains de collecte ; à Kancouraya Segama, enfin, 200 mètres linéaires de piste et diguette ont été aménagés, deux nouveaux ouvrages construits et des drains internes aux casiers ouverts. Il a précisé que le contrat, initialement prévu pour quatre mois, a vu sa durée pratiquement doublée en raison des contraintes spécifiques à la mangrove.

Les bénéficiaires ont accueilli favorablement ces travaux, constatant déjà une amélioration de leurs pratiques agricoles et affichant leur volonté d’intensifier la production. Mais cet élan se heurte à un obstacle concret : le manque d’équipements pour exploiter pleinement ces terres désormais protégées.
Face à cette demande, les autorités ont annoncé un dispositif d’accompagnement à l’acquisition de matériel agricole : des tracteurs cédés à moitié prix, avec un acompte de 30 % par groupement et un solde étalé sur trois ans, ainsi que des motoculteurs proposés à tarif préférentiel dans le cadre du même programme.




De son côté, Souleymane Cissé, vice-maire, a salué l’accueil réservé par la population aux gestes du gouvernement, tout en rappelant l’ampleur des difficultés qui subsistent. « La population apprécie beaucoup les gestes du gouvernement, et nous espérons que cette popularité se renforcera. Mais les difficultés sont immenses : manque de moyens, de machines, de conditions de travail décentes. Nous en parlons ouvertement, car c’est notre priorité. La nouvelle équipe a besoin de soutien pour faciliter les tâches. Les attentes sont fortes, des deux côtés. Nous comptons sur l’État pour nous aider à répondre à ces défis », a-t-il déclaré.

Les infrastructures hydroagricoles sont désormais opérationnelles, mais leur rentabilité effective dépendra de l’accès des producteurs aux outils de mécanisation. Les autorités locales appellent à un accompagnement renforcé de l’État pour consolider les acquis du projet Saritim et transformer durablement les conditions de vie des populations rurales de Monchon.
