Boké se dote d’un port en eaux profondes : la Guinée prend en main son destin minier

Boké se dote d’un port en eaux profondes : la Guinée prend en main son destin minier

Premier bassin minier de Guinée, la région de Boké vit depuis une décennie au rythme effréné de l’extraction de la bauxite. Mais le modèle logistique hérité fondé sur des ports fluviaux aux capacités limitées et à l’impact environnemental préoccupant touche à ses limites. Pour franchir ce cap, l’État guinéen a engagé, avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD), la construction d’un port polyvalent en eaux profondes à Botini.

L’infrastructure s’inscrit dans le schéma directeur « Connect on mine », articulé autour de trois corridors stratégiques nord-ouest, central et sud-ouest définis sous l’impulsion du président Mamadi Doumbouya. Le port de Botini en constitue la pièce maîtresse.

« La réalisation du port de Botini permettra de rationaliser les opérations, d’améliorer la compétitivité des entreprises, de réduire les coûts logistiques, de renforcer significativement les recettes de l’État et de positionner la Guinée comme un hub logistique sous-régional », a déclaré Bouna Sylla, ministre des Mines et de la Géologie, lors de l’atelier de restitution des études d’impact.

L’avantage technique est considérable : le futur port sera en mesure d’accueillir des navires de 200 000 à 300 000 tonnes directement à quai, éliminant ainsi le recours aux transbordements fluviaux, dont les effets sur l’écosystème maritime guinéen sont jugés « très néfastes » par Yacouba Kouroumara, coordonnateur du projet.

La démarche ne se limite pas à la performance économique. Un atelier multipartite réunissant le gouvernement, les bailleurs de fonds et la BAD a procédé à la restitution et à la validation de l’étude d’impact environnemental et social (EIES) ainsi que du plan d’action de réinstallation des populations concernées.

Djami Diallo, ministre de l’Environnement et du Développement durable, a insisté sur la portée des engagements pris : « L’obtention d’une autorisation environnementale ne constitue pas une finalité en soi. Le véritable défi réside dans la mise en œuvre effective des engagements environnementaux et sociaux, le suivi des mesures de compensation et la prise en compte continue des préoccupations des communautés affectées. »

Les paramètres techniques de faisabilité étant désormais établis, le gouvernement annonce l’organisation prochaine d’une table ronde des investisseurs pour mobiliser les financements nécessaires à la concrétisation du projet.

Avec ce port en eaux profondes, la Guinée entend ne plus subir son succès minier, mais le piloter tant sur le plan industriel qu’écologique.

Souleymane CAMARA

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